18/09/2009

18/09/09 - 21:45

Le dilemme du prisonnier ou pourquoi l’homme de votre vie ne rappelle-t-il jamais ?

J’inaugure ce blog par la constatation que certaines situations de la vie amoureuse se répètent sans cesse, et que l’expérience n’y change pas grande chose. Je vais ici analyser un exemple.

L’homme de votre vie, que vous venez de rencontrer au CUD, ou sur un site de rencontres plus ou moins recommandable, et avec qui vous venez de goûter pour la première fois aux plaisirs de la chair, vient à peine de claquer la porte de votre appartement que la lancinante interrogation : dois-je l’appeler ? Mais si je l’appelle, ne va-t-il pas fuir, me trouver envahissant, collant, étouffant ? D’un autre côté, si je ne l’appelle pas, ne va-t-il pas m’en vouloir, trouver que je suis un goujat, et du coup ne pas me rappeler non plus ? Et si je l’appelle, quand dois-je le faire ? Ce soir, demain, dans deux jours, dans trois jours ? Ne vais-je pas aussi perdre, dans cette sorte de jeu de l’amour, en révélant le premier que je suis tombé sous le charme ?

Supposons qu’il compte vous appeler. Alors, si vous l’appelez avant, vous ne saurez jamais qu’il comptait le faire (même s’il vous le dit, vous n’êtes pas obligé de le croire…) ; il vaut donc mieux ne pas appeler. Supposons alors qu’il ne compte pas appeler. Alors, l’appeler vous exposera à l’expérience douloureuse de son indifférence, au mieux, de sa méchanceté, au pire. Donc, il vaut mieux ne pas appeler. Si tout le monde raisonne comme ça, personne ne rappelle jamais personne.

Ce genre de dilemme s’apparente au dilemme du prisonnier [www] : deux individus soupçonnés d’appartenir au crime organisé ont été arrêtés et sont chacun dans une cellule différente. Le procureur a assez de preuves pour les inculper d’un délit mineur, mais cherche à les inculper d’un délit plus grave. A chacun, le procureur tient le discours suivant : « si tu dénonces ton compagnon, et qu’il ne te dénonce pas, tu seras libre, et il sera condamné à 10 ans de prison ; si tu le dénonces et qu’il te dénonce aussi, vous serez tous deux condamnés à 5 ans de prison. Si aucun des deux ne se dénonce, vous serez tous deux condamnés à 1 an de prison en vertu du délit mineur ». Que va faire le prisonnier, dénoncer ou non ? Supposons que l’autre prisonnier ne le dénonce pas. Alors il a intérêt à le dénoncer, car alors il sera libre au lieu d’aller en prison 1. Supposons que l’autre prisonnier ne le dénonce pas. Alors il a intérêt à le dénoncer, lui, car il ira en prison 5 ans au lieu de 10. Dans tous les cas, chaque prisonnier a intérêt à dénoncer son complice ; ils iront donc tous deux en prison pour 5 ans, alors que s’ils s’étaient entendus, ils n’y seraient allés que pour 1 an.


Ce dilemme qui a de multiples incarnations peut être résolu, notamment, par des normes sociales. Les hétéros en ont une: c’est au garçon de rappeler. Mais les homos ? Il faudrait trouver quelque chose. Je proposerais bien la norme suivante : c’est au plus jeune de rappeler. Qu’en pensez-vous ?